
Le Couvent Sainte Marie et sa Chapelle
Histoire d'un couvent
La Congrégation des religieuses de Notre-Dame fut fondée à Bordeaux en 1603, la maison d’Annonay en 1630. Marguerite du Port, épouse de François de Sauzéa, lieutenant particulier au bailliage d’Annonay en fut l’instigatrice.
Les premières religieuses, venues de Tournon (établies dans cette ville en 1628), logèrent d’abord dans une maison située place Grenette puis, dans la maison curiale, jusqu’au 9 juin 1633, date à laquelle elles s’installèrent dans leur couvent de Sainte-Marie, nouvellement construit, au quartier du « Tra ».
Les débuts de la communauté, place Grenette semblent avoir été difficiles, mais la réputation dont jouissait la congrégation fit bientôt que de riches héritières entrèrent au nouveau couvent, y apportant de fastueuses dots. Grâce à cette manne, la communauté put faire construire les premiers bâtiments de leurs nouveaux couvents sur les ruines du vieux château de Malatour. Le marquis d’Annonay, Charles de Lévis, duc de Ventadour, céda aux sœurs une partie des ruines du château et quelques maisons et jardins de la rue du Tra.
Par ailleurs, les consuls d’Annonay, par délibération du 2 mars 1631, avaient exempté de la taille (Impôt) la communauté de Sainte-Marie, à la condition que celle-ci s’engage à ouvrir des écoles gratuites pour l’instruction des jeunes filles pauvres de la ville.
L’établissement comprenait alors : une chapelle ; un pensionnat de jeunes filles ; un externat gratuit pour les jeunes filles d’Annonay ; des bâtiments conventuels, des jardins et des basses-cours
En 1686 et en 1748, deux nouvelles ailes furent construites, pour adapter le couvent à la vie monacale de l’époque. En 1748, la nouvelle aile, construite en bordure de la rue de Sainte-Marie entraîna la destruction d’une grande partie du cloître. À cette date, les religieuses étaient au nombre de 39.
Après une longue période de prospérité, vers la fin du 18e siècle, elles connurent des difficultés financières croissantes.
Lors de l’inventaire fait dans leur couvent, en exécution de la loi, le 1er octobre 1792, les religieuses étaient au nombre de 31.
Elles quittèrent alors la ville pour se retirer à la Louvesc, abandonnèrent leurs bâtiments, qui furent vendus comme Bien National. Ils appartinrent par la suite à la ville d’Annonay.
À la fin de l’Empire la ville d’Annonay y logea des prisonniers autrichiens et espagnols qui y firent beaucoup de dégradations, brûlant planchers, portes et tribunes de la chapelle, à seule fin de pouvoir se chauffer.
Au tout début du 19e siècle, la ville sollicita Mme de l’Hermuzière, Supérieure des Ursulines de Bourg-Argental, pour qu’elles viennent à Annonay reprendre avec elles les traditions des dames de Sainte-Marie et y fonder une maison d’éducation, qui accueillit 80 jeunes filles d’Annonay. Le 4 mai 1805, les Ursulines prenaient ainsi possession des bâtiments. Deux jours plus tard, la chapelle était rendue au culte.
En 1865, la construction d’une nouvelle aile, contre la face latérale extérieure de la chapelle aveuglait les baies vitrées qui l’éclairaient.
Les Ursulines restèrent à Annonay jusqu’en 1904. Au début du 20e siècle, les couvents connurent des heures sombres. La loi de séparation de l’Église et de l’État du 1er juillet 1905 interdisait aux religieuses le droit d’enseigner. Les Ursulines durent donc s’exiler. Elles partirent pour l’Italie où elles restèrent 14 ans. Seules les plus âgées restèrent sur Annonay.
Abandonnés, les bâtiments servirent de logements pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que, dans les années 1970, les Affaires Culturelles interviennent pour que la chapelle soit libérée afin d’être nettoyée et restaurée.
1919 – L’archiprêtre Mirabel-Chambaud, qui regrettait ses Ursulines, négocia leur retour, leur offrit la direction de l’Institut Notre-Dame. Le 1er octobre 1919, heureuses de reprendre leur œuvre d’enseignement, elles accueillaient leurs premières élèves.
1953 – Les Ursulines quittaient définitivement la ville.
1993 – Lancement par l’O.P.M. d’H.L.M. de l’aménagement de 33 appartements dans les bâtiments de l’ancien couvent.
La Chapelle
La chapelle de Sainte-Marie a été construite dans la première moitié du 17e siècle. Dans sa version primitive, elle semble avoir été destinée à recevoir les fidèles du quartier, d’où les dimensions de sa nef et la présence d’une tribune destinée aux religieuses, qui pouvaient y accéder directement à partir du couvent.
La tribune monastique, à l’origine, se prolongeait, au long des murs latéraux jusqu’au niveau de l’entrée du chœur.
Sa décoration première fut sans doute modeste. Cinquante ans plus tard, la Mère Marianne Mayol, Supérieure de la Communauté, fit effectuer d’importantes transformations. En 1686, la chapelle était dotée d’un plafond peint richement décoré et de hautes boiseries peintes.
Le plafond peint
Le plafond est inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
La chapelle ne fut jamais voûtée, mais couverte d’un plafond en châtaignier, dont le décor daterait du troisième tiers du 17e siècle. Il est orné d’une double série de faux caissons soulignés par de vraies moulures rapportées.
À l’origine, les trois grands caissons de la rangée médiane étaient ornés de scènes ou de personnages de tons ocres, les huit autres d’anges et de nuages de teintes bleues, alors que de simples motifs floraux étaient peints dans les dix petits caissons carrés, l’ensemble se détachant sur un fond brun décoré de feuillages bleus.
La corniche est décorée à la fois d’ornements architecturaux (oves, denticules, rais de cœur…) et de guirlandes de feuillages et de fleurs, alternativement sur fonds bleus et ocres. Motifs végétaux également pour l’encadrement des six fenêtres.
En 1975, le plafond fit l’objet d’une restauration sous la direction des Monuments Historiques. Sur les trois grands caissons seul un conservait suffisamment d’éléments pour être restauré. Pour les autres, afin de ne pas restituer d’hypothétiques personnages, le parti a été pris de dessiner des nuages de tons ocres.
Pareillement, les anges sont restitués sur fond de nuages, alors que sur quatre caissons, seuls des nuages sont restitués.
Les encadrements de fenêtres, recouverts de peintures néo-classiques du 19ème siècle, ont été restaurés en 1979.
Le retable
De style baroque, 17e/18e siècles.
Une histoire mouvementée : le retable provient de l’ancienne chapelle de Sainte-Claire d’Annonay. En 1817, les pères du Collège le rachètent pour la somme de 500 francs au papetier protestant Johannot qui, depuis la Révolution, avait racheté le couvent des Clarisses pour en faire un entrepôt.
Ils l'installèrent alors dans leur institution sise dans l'ancien couvent des Cordeliers. En 1871 les pères Basiliens ayant transféré leur collège sur la colline Saint-Denis depuis 4 ans, y installèrent le retable.
Ils en firent don à la ville en 1972. En 1991, il fut restauré et remonté dans la chapelle Sainte-Marie.
Ses quatre colonnes torses, en bois peint, entourent des niches destinées à recevoir des statues. Au centre, une descente de croix (copie d’un tableau de Carrache donné à la ville par la paroisse de Notre-Dame) a remplacé le tableau d’origine.
Le long des colonnes grimpent des pampres dorés portant des grappes et des angelots. Les fonds du retable sont traités en faux marbres sur panneaux de bois.
Dans les deux figuraient les statues de Saint-François d'Assise et de Sainte-Claire.
Le portail
Inscrit à l’inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1954.
Lourde porte à deux vantaux, surmontés d’un faux tympan de bois.
Fronton triangulaire au centre duquel s’inscrit une niche qui devait sans doute abriter une statue de la Vierge, patronne de la congrégation.
Emmanuelle Faure
Définitions :
« Ove » : Ornement architectural en relief, en forme d’œuf, répété en suite linéaire
« Pampres » : jeunes pousses de vigne
« Denticule » : chacune des petites saillies cubiques alignées constituant un ornement de corniche














